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Image avec texte : Connaissez-vous vraiment Liesse ?

Liesse a grandi à l’image de la notion d’accessibilité en France. Petit à petit, le collectif a démontré que le « vivre ensemble » est possible. Liesse est à présent reconnu pour son professionnalisme et apporte une réponse professionnelle pour fluidifier toujours plus la communication entre le monde des sourds et celui des entendants. Découvrez l’histoire d’une association devenue grande.

 

Résumé de l’article :

– A ses débuts en 2005, Liesse est une association.

– Les premiers à solliciter Liesse sont les musées pour être conformes à la loi de 2005 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ».

– A partir de 2010, l’association doit se structurer et change de statut juridique. Elle devient une Société Coopérative de Production (Scop).

– Régulièrement, l’équipe de la Scop Liesse travaille en co-construction pour apporter des solutions innovantes d’accessibilité à la culture pour les musées et les spectacles.

 

Au commencement, une association.

L’histoire de Liesse commence en 2004 avec Sylvie Bugarel. Elle est l’une des premières interprètes sur le territoire normand. L’Université de Rouen la sollicite afin de traduire en Langue des Signes Française (LSF) des cours pour une étudiante. Un statut officiel devient vite nécessaire pour répondre aux demandes. Le 4 février 2005, Sylvie crée l’association Liesse avec plusieurs proches et amis soucieux de s’investir pour la communauté sourde. Fait du hasard, elle voit le jour le même mois que la loi pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Dans la foulée, le collectif s’étoffe avec l’arrivée d’Emilie Ozouf comme stagiaire interprète.

A cette époque, les financements comme la prestation de compensation du handicap (PCH) n’existent pas encore. Il était aussi plus difficile pour une personne sourde de faire appel à un interprète LSF. Toutefois, le premier à répondre aux impératifs imposés par la loi de 2005 est le service publique avec les musées. Le musée des Beaux-Arts de Rouen, le FRAC et beaucoup d’autres font appel à l’association. L’envie de partager la culture entre sourds et entendants commence à devenir visible sur le terrain. « Les musées sont des lieux de rencontres où il n’y a pas de jugement, où nous sommes là pour nous découvrir. C’est un vrai plaisir d’ouvrir la culture entendante aux personnes sourdes. » explique Emilie Ozouf encore émue par le souvenir de sa première exposition. Traduire les noms complexes de peintres italiens, des anecdotes ou des références connues seulement des entendants, est un défi mais quelle joie de lire la curiosité et la fierté des visiteurs sourds !

En 2007, Sylvie quitte la région. Emilie, désormais interprète diplômée, décide de poursuivre le projet avec l’aide de Marion Blondel, enseignante chercheure au CNRS,  Aurélie Blondel, enseignante spécialisée pour les enfants sourds, Jocelyne Ozouf , comptable,  ainsi que Clémentine Caron, professeure de langue des signes. Toutes souhaitent s’impliquer pleinement et agir concrètement pour plus d’accessibilité. De nouveaux effets de la loi de 2005, commencent à être visibles avec notamment la possibilité d’obtenir des subventions pour l’accès à un interprète. Cependant, il faut encore sensibiliser sur les missions d’un interprète LSF encore trop méconnues par les entreprises et le grand public. L’association intensifie ses actions autour de trois axes majeurs : animer des cours de langues des signes, favoriser des rencontres entre les personnes sourdes et proposer le service d’interprétation en français-LSF. En 2008, Emilie Tolian rejoint le collectif, et l’activité bat son plein.

Une transformation réussie

En 2010, l’activité est telle qu’il faut alors changer de structure pour devenir une entreprise. Cela doit se faire sans pour autant renoncer aux valeurs fondatrices de l’association ni à son principe démocratique. Le statut de Société Coopérative et Participative (Scop) s’impose alors.

Cette mutation se fait en plusieurs étapes dont la concertation avec l’ensemble des membres de l’association d’origine, c’est-à-dire les usagers. Scop Liesse devient une réalité à partir de janvier 2011 et rejoint l’Union Régionale des Scops. Ce modèle d’entreprise coopérative a déjà fait ses preuves dans les secteurs agricoles et mutualistes, il émerge peu à peu dans les années 2000. La démarche reste toutefois innovante. Emilie se souvient avec émotion de cette étape franchie avec quelques difficultés : « Lorsque nous sommes allés faire notre immatriculation au centre des formalités des entreprises, ils ne connaissaient pas du tout la démarche pour passer d’un statut d’association à celui d’entreprise. Nous étions parmi les premiers.  C’était au mois de décembre, pendant les vacances. C’était très compliqué ! ». A l’annonce de cette transformation, les clients institutionnels de l’association comme le CHU de Rouen ou la ville de Rouen poursuivent l’aventure avec la Scop Liesse.

De leur côté, les lieux de culture sont toujours plus en demande. Pour y répondre, l’équipe de la Scop Liesse est très attachée à fournir un service professionnel en recrutant des interprètes diplômés. Le défi se révèle complexe en raison du faible nombre de personnes formées en France. Lors de la transformation en Scop, l’activité s’est recentrée sur le service d’interprétation LSF sans pour autant oublier de sensibiliser au handicap. La Scop Liesse propose régulièrement des innovations pour rendre les lieux de vie et de culture toujours plus inclusifs. Nous pouvons citer le travail  en co-construction réalisé avec le musée des Beaux-Arts de Rouen. Ceci a permis la création de visites spécifiques pour les sourds. Elles proposent un discours plus accessibles avec des références culturelles moins complexes. Ne vous y trompez pas, elles attirent à la fois des sourds et des entendants. Ces moments de rencontre sont une occasion unique pour partager les perceptions, les sensations malgré les différences. D’ailleurs, le handicap change de camp puisque ce sont les entendants qui bénéficient des services d’un interprète ! Le FRAC avec les visites labialisées pour les malentendants et le Centre Dramatique National de Normandie-Rouen (CDN) proposent également des actions novatrices en collaboration avec la Scop Liesse.

Toutes les mission réalisées par la Scop Liesse rendent la cité tous les jours un peu plus accessible aux personnes sourdes. C’est bien entendu la priorité du collectif.